jeudi 25 janvier 2007

Voyage au pays de la formation des adultes, B. Charlier

B. Charlier, J. Nizet, D. Van Dam, Voyage au pays de la formation des adultes. Dynamiques identitaires et trajectoires sociales. Paris, L’Harmattan, 2005.

Plan de l’ouvrage

PREMIERE PARTIE : LES DYNAMIQUES IDENTITAIRES

CHAPITRE 1 : LA FORMATION, L’AFFAIRE DU COUPLE
Quand le conjoint est central et pose des obstacles
Quand le conjoint est central et joue un rôle moteur
Quand le conjoint occupe une position marginale et pose des obstacles
Trois fonctions du couple

CHAPITRE 2 : L’ABANDON, ECHEC OU NOUVEAU DEPART

L’abandon comme suite à une décision du sujet
Abandonner par contrainte
Un continuum entre choix et contrainte

CHAPITRE 3 : LA FORMATION ET LES AUTRES DOMAINES DE LA VIE

Etre sportif en formation
Valoriser des acquis de la formation
S’épanouir grâce aux contraintes de la formation
Le transfert des tensions identitaires

CHAPITRE 4 : L’ETUDIANT, CHEF D’ORCHESTRE

Le dispositif de formation
Favoriser des apprentissages en profondeur
Deux virtuoses disposant de qualités essentielles
Autodirection et efficacité personnelle
Deux interprétations différentes du dispositif

DEUXIEME PARTIE : LES TRAJECTOIRES SOCIALES

CHAPITRE 5 : EN QUETE DE SAVOIRS ET DE RELATIONS

Les capitaux culturels
Les capitaux sociaux
Les capitaux économiques
Une typologie des trajectoires

CHAPITRE 6 : UNE MISE EN PERSPECTIVE HISTORIQUE

Une interprétation historique des différents types de trajectoires
Une interprétation historique des différences entre les institutions

TROISIEME PARTIE : RETOUR A LA PRATIQUE

CHAPITRE 7 : AJUSTER LES DISPOSITIFS DE FORMATION

L’accueil des étudiants
La négociation de l’offre de formation
La négociation du dispositif technologique
Les tâches d’enseignement
Les demandes d’abandon

CHAPITRE 8 : MAITRISER LES FINALITES DES INSTITUTIONS DE FORMATION

Introduction
Décider les finalités : la tâche des acteurs
Ouvrir le débat sur les finalités

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Deux appuis théoriques (p.11)

Les auteurs ont travaillé sur les « tensions identitaires » développés notamment par E. Trory Higgins (1987) et Etienne Bourgeois (2003). Ces auteurs considèrent que les individus vivent généralement des tensions intérieures entre les images qu’ils se font d’eux-mêmes et/ou celles que d’autres personnes qui leur sont proches leur renvoient.
La deuxième partie du voyage explore des aspects plus collectifs des formations continuées, regroupées sous le nom de trajectoires sociales. Elle s’appuie assez logiquement sur un cadre d’analyse de caractère sociologique, en l’occurrence l’ouvrage de Luc Boltanski et Eve Chiapelli, Le nouvel esprit du capitalisme (1999).

CHAPITRE 1 : LA FORMATION, L’AFFAIRE DU COUPLE

Ce chapitre met « en évidence le rôle que joue le conjoint dans l’engagement en formation et dans la persévérance ou au contraire l’abandon du sujet, comme suite aux problèmes qu’il rencontre en cours de formation. La théorie identitaires de Higgins (1987, 2000) met en évidence l’importance de ce qu’on appelle les autres significatifs dans la genèse des tensions identitaires pour réduire cette tension. C’est ainsi que le sujet va sentir un malaise, une tension, lorsqu’il perçoit un décalage entre plusieurs images qu’il a de lui-même, ou encore lorsque l’image qu’il a de lui-même ne correspond pas à l’image que lui renvoie une personne importante dans sa vie. »

« Notre hypothèse centrale est que, selon l’importance que représente le conjoint dans la configuration identitaire du sujet, son rôle sera plus ou moins important dans la décision que prend le sujet de s’engager en formation et, par la suite, dans sa décision de persévérer ou au contraire d’abandonner la formation en question. En d’autres termes, selon que le conjoint fait ou non partie des « autres significatifs », son attitude sera ressentie comme importante par le sujet, dès lors que celui-ci est confronté à des tensions identitaires. C’est bien le sens que donne le sujet, au travers de l’entretien, à l’attitude du conjoint qui nous intéresse ici. Nous écartons dons la posture objectiviste selon laquelle le conjoint joue d’office un rôle important dans la reprise des études. Nous empruntons davantage une posture constructiviste, selon laquelle c’est le sens que le sujet donne aux événements et aux personnes – ici le conjoint – qui sera déterminant de son action.
Nous supposons que la reprise des études par le sujet constitue, pour le couple, un événement qu’il s’agit de gérer. Dans notre matériau empirique, nous avons trouvé trois cas de figure où cet événement a une signification différente et, en conséquence, est géré différemment. » (p.23)

Les tensions identitaires selon Higgins

Higgins a développé un cadre théorique dans le domaine de l’identité et de la motivation. La théorie établit tout d’abord une distinction concernant les domaines du soi. Ceux-ci sont au nombre de trois :
- le soi actuel, à savoir la représentation du sujet tel qu’il est actuellement
- le soi idéal, à savoir la représentation du sujet tel qu’il serait idéalement
- le soi normatif, à savoir la représentation du sujet tel qu’il devrait être

La théorie considère ensuite qu’il peut y avoir deux points de vue sur le soi. Ces points de vue indiquent en quelque sorte de qui viennent les représentations. On peut distinguer deux points de vue à partir desquels les trois représentations de soi peuvent être définies :
- le point de vue personnel du sujet
- le point de vue d’une autre personne qui compte aux yeux du sujet et qu’on appelle pour cette raison un autre significatif
En croisant les trois domaines et les deux points de vue, on obtient six représentations possibles du sujet : le soi actuel perçu par le sujet lui-même, le soi actuel perçu par autrui, le soi idéal perçu par le sujet, le soi idéal perçu par autrui… Ces six représentations sont potentiellement en tension.

Higgins postule encore que ces tensions génèrent le plus souvent des émotions négatives : anxiété, tristesse… Le sujet tentera de réduire ces souffrances en posant différents actes. Parmi ceux-ci prend place l’engagement en formation.

Quand le conjoint est central et pose des obstacles


Dans ce premier cas, le conjoint occupe une place saillante dans le projet de vie du sujet. Toutefois, il ne comprend pas les tensions identitaires que vit le sujet et il constitue un frein à l’engagement et/ou à la poursuite de la formation. Le soi idéal du sujet n’est pas partagé par le partenaire (discordance entre le soi idéal tel qu’il est perçu par le sujet et le soi idéal tel qu’il est perçu par autrui). Le sujet cherche alors appui auprès d’autres personnes qui partagent son idéal de soi.

Quand le conjoint est central et joue un rôle moteur

Dans ce deuxième cas, le couple occupe également une place centrale dans les projets de vie du sujet. Ici, le conjoint est en phase avec la dynamique identitaire du sujet et constitue un moteur pour son engagement en formation. Le soi idéal est partagé par le partenaire, qui adopte une attitude de bienveillance à l’égard du projet de formation du sujet. Dans le langage de la théorie, le soi idéal définit par le sujet rejoint le soi idéal défini par autrui.

Quand le conjoint occupe une position marginale et pose des obstacles

Dans ce troisième cas, le couple occupe une place marginale dans les projets de vie du sujet. Le conjoint ne comprend pas les tensions identitaires qui mènent vers l’engagement en formation. Le soi idéal n’est pas partagé par le partenaire, mais le sujet ne se laisse toutefois pas freiner par lui. Il prend distance et s’appuie sur ses nouveaux projets existentiels, mais également sur des autres significatifs différents du conjoint.

Trois fonctions du couple

Ils se distinguent d’abord du point de vue de la fonction que le couple remplit pour chacun d’entre eux. On peut considérer que, dans le premier cas, le couple remplit une fonction de « soutien affectif » ; dans le second cas, il est avant tout un lieu où se met en place un « projet commun » ; enfin, dans le troisième cas, on a affaire à un couple qui représente ce qu’on peut appeler une « institution ».

Conclusions

Quoi qu’il en soit, les trois situations concrètes que nous venons d’analyser confortent notre hypothèse relative à la nécessité du soutien des autres dans l’engagement de formation. Si dans un premier temps, la recherche du support est effectuée dans la sphère intime du couple, très vite, lorsque cette sphère fait défaut, le sujet cherche appui auprès d’autres. Ces autres font partie d’un cercle concret, à savoir la famille, les collègues ou les autres étudiants. Lorsque ce cercle fait également défaut, le sujet aura recours à un groupe plus abstrait, dont on ne connaît pas nécessairement tous les membres.

CHAPITRE 5 : EN QUETE DE SAVOIRS ET DE RELATIONS

Nous nous appuyons librement sur le cadre d’analyse proposé par Bourdieu pour montrer que les personnes de notre échantillon sont occupées à accumuler ce que l’auteur appelle des capitaux : capitaux tant culturels (des diplômes, des compétences…) que sociaux (des relations..) et économiques (des biens matériels, de l’argent..). (p.111)

Trajectoires, positions et capitaux chez Bourdieu

Bourdieu utilise le terme de trajectoire pour décrire les changements qui s’opèrent soit entre la position sociale d’un père (et/ou d’une mère) et celle de ses enfants (trajectoire intergénérationnelle), soit entre les positions occupées successivement par un même individu (trajectoire intragénérationnelle).

Les capitaux culturels
Les capitaux sociaux
Les capitaux économiques
Une typologie des trajectoires


En matière de capital culturel, on a rencontré, d’une part, des sujets qui valorisent et/ou mobilisent le diplôme dont ils attendent qu’il leur assure une certaine stabilité professionnelle et familiale ainsi qu’une progression dans la hiérarchie professionnelle et, plus généralement, dans la hiérarchie sociale. On a aussi identifié, d’autre part, ceux qui valorisent et/ou mobilisent des compétences qui leur permettent de répondre aux sollicitations que des collègues leur adressent, ainsi que de mener à bien des acticités, des projets.

En matière de capital social, on a d’une part les sujets qui valorisent les relations proches, en particulier dans le cadre familial. Ces relations les ont socialisés à certaines valeurs qu’ils répercutent alors dans leurs autres relations hors du cadre familial, en particulier leurs relations professionnelles. On a d’autre part ceux qui visent à étendre leurs relations, à nouer des contacts nouveaux, parfois lointains … qui les enrichissent et peuvent contribuer à leur insertion professionnelle et à la bonne conduite de leurs projets.

En matière de capital économique, nous avons noté des propos moins diversifiés, qui se focalisent sur la possession des biens matériels, en particulier le logement. […] (p.26)

Ceci nous conduit à distinguer deux types de trajectoires. On peut les désigner, en privilégiant la dimension du capital culturel, d’une part comme la trajectoire obtention du diplôme et d’autre part la trajectoire développement de compétences. (p.127)

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Notre hypothèse centrale est que, selon l’importance que représente le conjoint dans la configuration identitaire du sujet, son rôle sera plus ou moins important dans la décision que prend le sujet de s’engager en formation et, par la suite, dans sa décision de persévérer ou au contraire d’abandonner la formation en question. En d’autres termes, selon que le conjoint fait ou non partie des « autres significatifs », son attitude sera ressentie comme importante par le sujet, dès lors que celui-ci est confronté à des tensions identitaires. C’est bien le sens que donne le sujet, au travers de l’entretien, à l’attitude du conjoint qui nous intéresse ici. Nous écartons dons la posture objectiviste selon laquelle le conjoint joue d’office un rôle important dans la reprise des études. Nous empruntons davantage une posture constructiviste, selon laquelle c’est le sens que le sujet donne aux événements et aux personnes – ici le conjoint – qui sera déterminant de son action. Nous supposons que la reprise des études par le sujet constitue, pour le couple, un événement qu’il s’agit de gérer. »

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